La RE2020 (réglementation environnementale 2020) remplace la RT2012 pour tous les bâtiments neufs dont le permis de construire est déposé depuis le 1er janvier 2022. Elle ne se limite plus à la performance énergétique : elle intègre pour la première fois l’empreinte carbone des matériaux et du chantier, ainsi que le confort d’été. Ce changement de paradigme a des conséquences directes sur les choix constructifs, les systèmes de chauffage et les matériaux utilisés.
Calendrier d’application et bâtiments concernés
La mise en œuvre de la RE2020 suit un calendrier progressif. Les maisons individuelles et les logements collectifs sont concernés depuis le 1er janvier 2022. Les bureaux et bâtiments d’enseignement (primaire et secondaire) le sont depuis le 1er juillet 2022. Les extensions de plus de 150 m² représentant plus de 30 % de la surface existante entrent également dans le périmètre.
Les seuils de performance se durcissent par paliers. Le décret n° 2021-1004 prévoit trois étapes : 2022 (entrée en vigueur), 2025 (renforcement des seuils carbone pour le résidentiel collectif, notamment l’interdiction du gaz) et 2028-2031 (abaissement supplémentaire des plafonds d’émissions). Cette progressivité laisse aux filières le temps de s’adapter, mais elle signifie aussi qu’un permis déposé en 2025 est soumis à des exigences plus strictes qu’un permis de 2022.
Sont exclus de la RE2020 : les bâtiments existants en rénovation (qui relèvent de la RT existant), les constructions provisoires de moins de deux ans, les bâtiments agricoles non chauffés et les lieux de culte. Pour savoir ce qui s’applique en cas de travaux sur un bâtiment déjà construit, le sujet est traité dans notre article sur la RE2020 et la rénovation des bâtiments existants.
Les trois piliers de la RE2020
La performance énergétique (Bbio et Cep)
Comme la RT2012, la RE2020 impose un plafond de besoin bioclimatique (Bbio) et de consommation d’énergie primaire (Cep). Le Bbio mesure la qualité intrinsèque du bâti : isolation, orientation, compacité, apports solaires. Le Cep mesure la consommation réelle en énergie primaire, tous usages confondus (chauffage, eau chaude, éclairage, ventilation, refroidissement). La RE2020 ajoute un troisième indicateur, le Cep,nr (consommation en énergie primaire non renouvelable), qui pénalise spécifiquement le recours aux énergies fossiles.
Les seuils Bbio sont en moyenne 30 % plus exigeants que ceux de la RT2012. En pratique, cela impose une enveloppe thermique plus performante : isolation renforcée, traitement systématique des ponts thermiques, menuiseries à haute performance. Le choix des vitrages conformes au DTU 39 devient un paramètre du calcul Bbio, en particulier pour les façades sud et ouest.
L’empreinte carbone (Ic énergie et Ic construction)
C’est l’innovation majeure de la RE2020. Deux indicateurs carbone encadrent l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. L’Ic énergie plafonne les émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation d’énergie sur 50 ans. C’est ce seuil qui rend de facto impossible le recours au chauffage gaz en maison individuelle neuve : une chaudière gaz dépasse systématiquement le plafond Ic énergie, quel que soit le niveau d’isolation.
L’Ic construction mesure l’empreinte carbone des matériaux, du chantier et de la fin de vie du bâtiment. Il est calculé par une analyse du cycle de vie (ACV) basée sur les fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) des produits. Ce seuil favorise les matériaux biosourcés (bois, paille, chanvre) et les bétons bas carbone, tout en pénalisant les structures à forte intensité carbone (acier non recyclé, aluminium primaire). Les seuils Ic construction se durcissent progressivement jusqu’en 2031, ce qui rend l’anticipation indispensable pour les promoteurs et constructeurs.
Le confort d’été (degrés-heures)
La RT2012 n’imposait qu’un calcul simplifié de la température intérieure conventionnelle (Tic), largement insuffisant pour prévenir les surchauffes estivales. La RE2020 introduit le DH (degrés-heures), un indicateur bien plus exigeant qui cumule, heure par heure, les écarts de température au-dessus d’un seuil de confort (26 °C la nuit, 28 °C le jour). Le bâtiment ne doit pas dépasser 1 250 DH, faute de quoi le projet est non conforme.
Ce seuil a des conséquences concrètes sur la conception : obligation de protections solaires extérieures, recours à l’inertie thermique (dalles béton, murs lourds), ventilation traversante ou nocturne. Dans les zones les plus chaudes (zone H3, arc méditerranéen), le respect du seuil DH impose parfois de revoir intégralement la conception des ouvertures et de la toiture.
Ce que la RE2020 change concrètement sur un chantier neuf
Le premier changement visible est la disparition du chauffage gaz en maison individuelle. Depuis janvier 2022, la quasi-totalité des constructions neuves optent pour une pompe à chaleur air-eau ou un poêle à granulés couplé à des panneaux solaires thermiques. L’installation d’une PAC doit respecter les règles du DTU 65.10 relatives aux fluides frigorigènes, un point de vigilance souvent sous-estimé en phase de chantier.
Le deuxième changement concerne l’enveloppe. Les épaisseurs d’isolant augmentent (typiquement R = 4,5 à 5 m²·K/W en mur, R = 8 à 10 m²·K/W en toiture), les menuiseries passent en triple vitrage dans les zones froides, et le test d’étanchéité à l’air (obligatoire) vise un Q4 ≤ 0,6 m³/(h·m²) en maison individuelle. Ces exigences d’étanchéité rendent la ventilation mécanique contrôlée indispensable, généralement en double flux avec récupérateur de chaleur.
Le troisième changement, moins visible mais structurant, est la montée du bois et des matériaux biosourcés. Le plafond Ic construction favorise les structures à faible empreinte carbone. Les constructions à ossature bois, qui stockent du carbone au lieu d’en émettre, partent avec un avantage décisif dans le calcul ACV. Cette tendance devrait s’accélérer à mesure que les seuils se durcissent.
Les attestations obligatoires
Deux attestations RE2020 sont exigées au cours du projet. La première est l’attestation de prise en compte, à joindre au dépôt de permis de construire. Elle est établie par le bureau d’études thermiques à partir de l’étude RE2020 et atteste que le projet respecte les seuils réglementaires en phase conception.
La seconde est l’attestation d’achèvement, à fournir à la DAACT (déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux). Elle confirme que le bâtiment tel que construit respecte les exigences, sur la base du test d’étanchéité à l’air réalisé en fin de chantier et de la vérification de la mise en œuvre effective des solutions décrites dans l’étude. Sans cette attestation, la conformité du bâtiment n’est pas établie, ce qui peut poser problème en cas de revente ou de contrôle.
