Non. La RE2020 (réglementation environnementale 2020) ne s’applique qu’aux constructions neuves dont le permis de construire a été déposé à partir du 1er janvier 2022 pour le résidentiel, et du 1er juillet 2022 pour les bureaux et l’enseignement. Les bâtiments existants — qu’il s’agisse d’une rénovation globale, d’une réhabilitation lourde ou de travaux d’amélioration énergétique — relèvent d’un cadre réglementaire différent. Cet article clarifie ce qui s’applique réellement à un projet de rénovation et où la RE2020 influence indirectement les pratiques, même sans obligation légale directe.
Le périmètre exact de la RE2020
Le décret n° 2021-1004 du 29 juillet 2021 définit précisément les bâtiments concernés. La RE2020 vise les bâtiments neufs ou les parties nouvelles de bâtiments. En pratique, cela couvre trois cas de figure :
- Les constructions neuves (maisons individuelles, logements collectifs, bureaux, bâtiments d’enseignement) ;
- Les extensions de plus de 150 m² de surface de plancher ou représentant plus de 30 % de la surface existante ;
- Les surélévations soumises à permis de construire.
Les travaux sur l’existant — réfection de toiture, remplacement de fenêtres, isolation des murs, changement de système de chauffage — ne sont pas soumis à la RE2020, même si le chantier est de grande ampleur. Le texte est sans ambiguïté sur ce point. Les extensions de petite taille (moins de 150 m² et moins de 30 % de la surface existante) relèvent elles aussi de la réglementation thermique sur l’existant, pas de la RE2020.
Ce qui encadre réellement la rénovation énergétique
La réglementation thermique sur l’existant (RT existant)
Depuis 2007, tout remplacement ou installation d’un élément d’isolation, de chauffage, de ventilation ou de production d’eau chaude dans un bâtiment existant doit respecter des exigences de performance minimale. C’est la RT existant (arrêté du 3 mai 2007), qui fixe des seuils élément par élément. Si vous remplacez l’isolation des murs, la résistance thermique du nouvel isolant doit atteindre au minimum R = 2,3 m²·K/W en mur et R = 4,5 m²·K/W en toiture.
Ces seuils sont des minimums légaux. Ils sont nettement inférieurs aux niveaux de performance visés par la RE2020 en construction neuve. En rénovation, atteindre les niveaux RE2020 n’est ni obligatoire ni toujours réaliste, notamment dans les bâtiments anciens où les contraintes architecturales (murs en pierre, bâtiments classés, hauteurs sous plafond limitées) restreignent les épaisseurs d’isolant possibles.
Le DPE et les obligations liées aux passoires thermiques
C’est le diagnostic de performance énergétique (DPE) qui joue désormais le rôle de levier réglementaire principal en rénovation. Depuis la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, les logements classés G sont progressivement interdits à la location (depuis janvier 2025), suivis des logements F (2028) puis E (2034). Ce calendrier crée une obligation indirecte de rénovation pour les propriétaires bailleurs, indépendamment de toute référence à la RE2020.
Le DPE intègre depuis 2021 un volet carbone (émissions de gaz à effet de serre) en plus de la consommation énergétique. Cette double étiquette reprend l’esprit de la RE2020, qui impose également un plafond carbone (indicateur Ic énergie), mais les méthodes de calcul et les seuils sont différents. Un logement rénové qui atteint la classe B en DPE n’est pas pour autant conforme RE2020 : les deux référentiels ne sont pas interchangeables.
Les aides financières comme accélérateur de performance
MaPrimeRénov’ et les certificats d’économie d’énergie (CEE) imposent leurs propres critères de performance pour que les travaux soient éligibles. Ces critères sont souvent plus exigeants que la RT existant, sans pour autant atteindre le niveau RE2020. Pour une isolation des murs par l’extérieur, MaPrimeRénov’ exige par exemple un R ≥ 3,7 m²·K/W, soit 60 % de plus que le minimum réglementaire. Ces seuils évoluent régulièrement : il est indispensable de vérifier les conditions en vigueur au moment du dépôt du dossier sur le site officiel de l’Anah.
Comparatif des exigences : RE2020, RT existant et MaPrimeRénov’
Pour visualiser les écarts entre les trois cadres réglementaires, voici les seuils appliqués aux postes de travaux les plus courants en rénovation :
| Poste de travaux | RT existant (min.) | MaPrimeRénov’ | RE2020 (neuf) |
| Isolation murs | R ≥ 2,3 m²·K/W | R ≥ 3,7 m²·K/W | R ≥ 4 à 5 m²·K/W* |
| Isolation toiture | R ≥ 4,5 m²·K/W | R ≥ 7 m²·K/W | R ≥ 8 à 10 m²·K/W* |
| Isolation plancher bas | R ≥ 2,1 m²·K/W | R ≥ 3 m²·K/W | R ≥ 3,7 à 4,5 m²·K/W* |
| Fenêtres | Uw ≤ 1,8 W/m²·K | Uw ≤ 1,3 W/m²·K | Uw ≤ 1,2 W/m²·K* |
| Chauffage gaz | Autorisé | Autorisé (hors aides) | Interdit (maisons neuves) |
* Les seuils RE2020 ne s’expriment pas directement en R mais en Bbio (besoin bioclimatique). Les valeurs de R indiquées sont les niveaux typiquement nécessaires pour atteindre le Bbio max en zone H1. Ils varient selon la zone climatique et la conception globale du bâtiment.
Le cas particulier des extensions et surélévations
C’est le point qui génère le plus de confusion. Une extension peut relever soit de la RE2020, soit de la RT existant, selon deux critères cumulatifs : la surface de plancher créée et le rapport avec la surface existante.
Si l’extension dépasse 150 m² de surface de plancher et représente plus de 30 % de la surface du bâtiment existant, elle est soumise à la RE2020 dans son intégralité : respect du Bbio, du Cep, de l’Ic énergie et de l’Ic construction. En dessous de ces seuils, l’extension relève de la RT existant par élément, avec les mêmes exigences qu’un simple remplacement d’isolant.
Concrètement, une véranda de 20 m² ajoutée à une maison de 120 m² n’est pas concernée par la RE2020 (20 m² < 150 m² et 16,7 % < 30 %). En revanche, une extension de 60 m² sur un pavillon de 90 m² (soit 66 % de la surface existante) bascule sous régime RE2020, même si elle fait moins de 150 m². Le calcul doit être effectué en amont du dépôt de permis pour éviter un refus de conformité.
Comment la RE2020 influence la rénovation sans l’encadrer
Même si elle ne s’applique pas juridiquement à l’existant, la RE2020 modifie en profondeur les pratiques du secteur, et ces changements rejaillissent sur la rénovation à travers trois mécanismes.

Le premier est l’évolution de l’offre industrielle. L’exigence de matériaux bas carbone dans le neuf (indicateur Ic construction) pousse les fabricants à développer des isolants biosourcés (fibre de bois, ouate de cellulose, laine de chanvre) et des bétons bas carbone. Ces produits deviennent progressivement disponibles pour le marché de la rénovation, souvent à des prix en baisse grâce aux économies d’échelle. Le choix d’un isolant conforme aux règles de pose du DTU 45.1 s’élargit donc naturellement vers des solutions plus vertueuses sur le plan environnemental.
Le deuxième mécanisme est la montée en compétence des professionnels. Les artisans formés aux exigences RE2020 appliquent des niveaux de performance supérieurs même sur les chantiers de rénovation : traitement systématique des ponts thermiques, tests d’étanchéité à l’air, dimensionnement plus rigoureux de la ventilation. Lors de la mise en œuvre d’une VMC simple ou double flux selon le DTU 68.3, les installateurs intègrent désormais des calculs de débit adaptés au niveau d’étanchéité réel du bâtiment, une pratique héritée des standards RE2020.
Le troisième mécanisme est l’anticipation réglementaire. Plusieurs rapports du Plan Bâtiment Durable et du Haut Conseil pour le Climat recommandent une future « réglementation environnementale pour l’existant », inspirée de la RE2020 mais adaptée aux contraintes spécifiques de la rénovation. Sans date précise, cette perspective incite les maîtres d’ouvrage avisés à viser dès aujourd’hui des niveaux de performance supérieurs aux minimums réglementaires actuels, pour éviter de devoir refaire les travaux dans dix ans.
