La RE2020 s’appuie sur six indicateurs principaux pour évaluer la conformité d’un bâtiment neuf. Trois portent sur l’énergie (Bbio, Cep, Cep,nr), deux sur le carbone (Ic énergie, Ic construction) et un sur le confort d’été (DH). Chacun possède un seuil maximal (ou minimal) à ne pas dépasser, calculé par un logiciel d’évaluation énergétique agréé (moteur de calcul RE2020). Ce guide décrypte ce que chaque indicateur mesure concrètement et comment il influence les choix de conception.
Le Bbio : besoin bioclimatique du bâtiment
Le Bbio mesure la qualité intrinsèque de l’enveloppe du bâtiment, indépendamment des systèmes énergétiques installés. Il agrège trois besoins : le besoin de chauffage, le besoin de refroidissement et le besoin d’éclairage artificiel. Un bâtiment bien orienté, compact, fortement isolé et équipé de menuiseries performantes obtient un Bbio faible — c’est l’objectif.
Le Bbio est exprimé en points (sans unité). Le seuil maximal (Bbio max) dépend de la zone climatique (H1, H2, H3), de l’altitude et du type de bâtiment. En zone H1 (nord et est de la France), le Bbio max pour une maison individuelle est d’environ 63 points, contre 45 en zone H3 (méditerranée). Ces seuils sont environ 30 % plus stricts que ceux de la RT2012.
Pour atteindre le Bbio max, les leviers principaux sont l’isolation des parois opaques (murs, toiture, plancher bas), la performance des vitrages conformes au DTU 39, le traitement des ponts thermiques et l’orientation des baies vitrées pour maximiser les apports solaires passifs en hiver tout en les limitant en été.
Cep et Cep,nr : consommation d’énergie primaire
Le Cep mesure la consommation annuelle d’énergie primaire du bâtiment pour cinq usages réglementaires : chauffage, refroidissement, eau chaude sanitaire, éclairage et auxiliaires (pompes, ventilateurs). Il est exprimé en kWh d’énergie primaire par m² de surface de référence par an (kWhep/m²/an). Le seuil maximal (Cep max) varie selon la zone climatique et le type de bâtiment.
Le Cep,nr est un sous-indicateur du Cep qui ne comptabilise que l’énergie primaire non renouvelable. C’est l’indicateur qui pénalise le plus le recours aux énergies fossiles. Un chauffage électrique par pompe à chaleur, qui utilise de l’électricité à forte composante nucléaire et renouvelable, génère un Cep,nr nettement inférieur à une chaudière gaz à condensation. La distinction entre Cep et Cep,nr est la clé pour comprendre l’éviction du gaz dans la RE2020.
Ic énergie et Ic construction : l’empreinte carbone
L’Ic énergie plafonne les émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation énergétique du bâtiment sur sa durée de vie conventionnelle (50 ans pour le résidentiel). Il est exprimé en kg CO₂ équivalent par m² et par an. Le seuil est fixé à 4 kgCO₂/m²/an pour les maisons individuelles en 2022, avec un abaissement progressif.
L’Ic construction mesure l’empreinte carbone des matériaux et du chantier, de l’extraction des matières premières à la fin de vie du bâtiment. Le calcul repose sur une analyse du cycle de vie (ACV) basée sur les FDES (fiches de déclaration environnementale et sanitaire) de chaque produit utilisé, référencées dans la base INIES. En l’absence de FDES spécifique, des valeurs par défaut (généralement pénalisantes) sont appliquées.
Les matériaux biosourcés (bois de structure, isolants en fibre de bois ou de chanvre) bénéficient d’un stockage de carbone biogénique qui vient en déduction de l’Ic construction. C’est ce mécanisme qui donne un avantage structurel aux constructions à ossature bois, dont les règles de mise en œuvre sont détaillées dans le DTU 31.2 sur les maisons à ossature bois.
Les degrés-heures (DH) : le confort d’été
Les degrés-heures (DH) cumulent, heure par heure sur une année de simulation, les écarts de température intérieure au-dessus d’un seuil de confort adaptatif (variable selon la température extérieure, mais typiquement 26 °C la nuit et 28 °C le jour). Le bâtiment ne doit pas dépasser 1 250 DH pour être conforme.
Au-delà de 1 250 DH, le bâtiment est non conforme et ne peut pas obtenir son permis de construire. Entre 350 et 1 250 DH, une pénalité est appliquée sur le Cep pour inciter le concepteur à limiter le recours à la climatisation. En dessous de 350 DH, aucune pénalité n’est appliquée.
Les leviers pour réduire les DH sont, par ordre d’efficacité : les protections solaires extérieures (volets, casquettes, brise-soleil), l’inertie thermique du bâtiment (dalles béton, murs lourds), la ventilation naturelle traversante ou nocturne, et le choix d’isolants à fort déphasage thermique. Le recours à la climatisation active n’est pris en compte qu’en dernier ressort, et le calcul DH initial est toujours effectué sans climatisation.
Récapitulatif des six indicateurs
Le tableau suivant synthétise les six indicateurs, leur unité et leur logique de seuil :
| Indicateur | Ce qu’il mesure | Unité | Seuil | Levier principal |
| Bbio | Qualité de l’enveloppe | Points | ≤ Bbio max | Isolation, orientation |
| Cep | Consommation énergie primaire | kWhep/m²/an | ≤ Cep max | Systèmes performants |
| Cep,nr | Conso. énergie non renouvelable | kWhep/m²/an | ≤ Cep,nr max | PAC, bois, solaire |
| Ic énergie | Carbone de la consommation | kgCO₂/m²/an | ≤ 4 (maison) | Énergies décarbonées |
| Ic construction | Carbone des matériaux | kgCO₂/m² | Variable (paliers) | Bois, biosourcés |
| DH | Surchauffe estivale | Degrés-heures | ≤ 1 250 | Protection solaire |
Ces six indicateurs sont interdépendants. Améliorer le Bbio (meilleure isolation) peut dégrader les DH si la surchauffe n’est pas traitée. Choisir un matériau à faible Ic construction mais à mauvaise performance thermique peut dégrader le Bbio. Le travail du bureau d’études thermiques consiste précisément à trouver l’équilibre entre ces six paramètres.
