La RE2020 ne fixe pas directement une épaisseur d’isolant ou une valeur de R (résistance thermique) par paroi. Elle impose un seuil global de performance — le Bbio — que le concepteur atteint en combinant isolation, orientation, compacité et qualité des menuiseries. En pratique, les niveaux de R nécessaires pour respecter le Bbio max sont sensiblement supérieurs à ceux de la RT2012, et ils varient selon la zone climatique. Ce guide détaille les valeurs couramment constatées sur les projets conformes.
Les résistances thermiques typiques en RE2020
Le tableau suivant présente les valeurs de R généralement nécessaires pour atteindre le Bbio max selon la zone climatique :
| Paroi | Zone H1 (nord/est) | Zone H2 (ouest) | Zone H3 (sud) |
| Murs extérieurs | R = 4,5 à 5,5 m²·K/W | R = 4 à 5 m²·K/W | R = 3,7 à 4,5 m²·K/W |
| Toiture / combles | R = 8 à 10 m²·K/W | R = 7 à 9 m²·K/W | R = 6 à 8 m²·K/W |
| Plancher bas | R = 4 à 5 m²·K/W | R = 3,7 à 4,5 m²·K/W | R = 3 à 4 m²·K/W |
| Fenêtres | Uw ≤ 1,1 W/m²·K (triple) | Uw ≤ 1,3 W/m²·K | Uw ≤ 1,4 W/m²·K |
Ces valeurs sont indicatives. Le Bbio se calcule globalement : une orientation favorable ou une compacité élevée peut compenser un R légèrement inférieur, et inversement.
En comparaison, la RT2012 se contentait typiquement de R = 3,7 m²·K/W en mur et R = 6 m²·K/W en toiture. Le passage en RE2020 représente donc un renforcement de 20 à 40 % selon les parois et les zones.
Épaisseurs d’isolant concrètes selon le matériau
La résistance thermique dépend du matériau et de son épaisseur (R = épaisseur / conductivité thermique λ). Pour un même R, l’épaisseur varie donc considérablement. À titre d’exemple, pour atteindre un R de 5 m²·K/W en mur :
- Laine de verre (λ = 0,032) : 16 cm ;
- Laine de roche (λ = 0,035) : 17,5 cm ;
- Fibre de bois (λ = 0,038) : 19 cm ;
- Ouate de cellulose (λ = 0,040) : 20 cm ;
- Polyuréthane (λ = 0,022) : 11 cm ;
- Laine de chanvre (λ = 0,040) : 20 cm.
Le polyuréthane offre la meilleure performance à épaisseur réduite, mais son empreinte carbone est élevée, ce qui pénalise l’Ic construction. Les matériaux biosourcés (fibre de bois, chanvre, ouate de cellulose) nécessitent une épaisseur plus importante mais bénéficient d’un stockage de carbone biogénique qui améliore le bilan Ic construction. Le choix du matériau résulte donc d’un arbitrage entre épaisseur disponible, performance thermique et empreinte carbone.
Le traitement des ponts thermiques : exigence renforcée
La RE2020 abaisse le seuil de déperdition par les ponts thermiques. Le coefficient Ψ (psi) aux jonctions mur-plancher, mur-toiture et mur-menuiserie doit être minimisé. En RT2012, un ratio de ponts thermiques inférieur à 0,28 W/(m²·K) était généralement suffisant. En RE2020, l’exigence Bbio renforcée impose de descendre significativement en dessous, ce qui nécessite des solutions constructives spécifiques.
En maçonnerie traditionnelle, le plancher béton qui traverse l’isolant extérieur crée un pont thermique majeur. Les solutions courantes sont le rupteur de pont thermique (type Slabe ou Rutherma) ou l’isolation par l’extérieur continu (ITE) couvrant à la fois le mur et le nez de dalle. En ossature bois, les ponts thermiques sont structurellement plus faibles, mais les jonctions montants-lisses et les encadrements de menuiseries nécessitent tout de même un traitement soigné conforme au DTU 31.2 relatif aux maisons à ossature bois.
Étanchéité à l’air et ventilation : le couple indissociable
Une enveloppe très isolée n’a de sens que si elle est étanche à l’air. La RE2020 maintient l’exigence d’étanchéité de la RT2012 (Q4 ≤ 0,6 m³/(h·m²) en maison individuelle) mais renforce les contrôles. Le test de la porte soufflante (Blower Door) en fin de chantier reste obligatoire.
Cette étanchéité rend la ventilation mécanique contrôlée (VMC) indispensable pour assurer le renouvellement d’air et évacuer l’humidité produite par les occupants. En RE2020, la VMC double flux avec récupérateur de chaleur est privilégiée car elle réduit les déperditions liées au renouvellement d’air, ce qui contribue directement au Bbio. L’installation doit respecter les règles du DTU 68.3 pour la VMC, en particulier le dimensionnement des débits, le passage des gaines et l’emplacement du caisson.
Les matériaux biosourcés dans le calcul RE2020
La RE2020 ne rend pas les matériaux biosourcés obligatoires, mais le calcul Ic construction les favorise mécaniquement. Le bois de structure, la fibre de bois, la ouate de cellulose, le chanvre et la paille stockent du carbone biogénique pendant la durée de vie du bâtiment. Ce stockage est comptabilisé en négatif dans le calcul ACV, ce qui allège l’empreinte carbone globale.
Concrètement, une maison à ossature bois avec isolation en fibre de bois affiche un Ic construction nettement inférieur à une maison en parpaing avec isolation en laine de verre, même à performance thermique équivalente. Cette différence s’accentuera à mesure que les seuils Ic construction se durciront (paliers 2025, 2028, 2031). Les constructeurs qui n’intègrent pas dès maintenant une part de biosourcé dans leurs projets risquent de se retrouver non conformes aux prochains paliers.
La mise en œuvre de ces matériaux n’est pas plus complexe que celle des isolants conventionnels, à condition de respecter les règles de pose. Pour l’isolation des combles, le DTU 45.1 détaille les règles de pose des laines minérales et biosourcées, y compris les exigences de pare-vapeur, de ventilation de la sous-toiture et de protection contre les rongeurs.
